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18/04/2008
La leçon de stratégie politique de Martine Aubry
JC Branquart
Militairement parlant c‘est Austerlitz. La manière dont Martine Aubry a géré ces quatre dernières semaines d’après municipales qui ont conduit à son élection incontestée à la présidence de la Communauté Urbaine de Lille valent cas d’école pour des générations d’étudiants de sciences politiques.  Jamais, en 40 ans d’intercommunalité lilloise, son ou sa président(e) ne se sera ménagé un terrain  aussi dégagé…. Même si les lendemains promettent quelques surprises.

D’un contexte compliqué faire une somme d’atouts. Voilà l’équation que vient brillamment de résoudre Martine Aubry depuis les élections municipales de mars dernier pour rendre la candidature de Marc-Philippe Daubresse anecdotique pour ne pas dire… dérisoire. Cette victoire éminemment politico-stratégique  mérite qu’on y revienne car elle inscrit la nouvelle présidence communautaire dans un contexte sans précédent. Contexte dont Martine Aubry et son entourage ont su tirer tous les avantages et en circonscrire tous les obstacles.
Le premier basculement vient de l’échec de Christian Decock dans la 3ème circonscription nordiste de Lille Centre en juin 2007. L’homme est policé, compétent et se révèle être un opposant d’apparence peu dangereuse mais sur le fond assez efficace. Battu sans démériter en 2001, il a tissé sa toile dans la ville et affiche une stratégie assez complémentaire de celle de Marc-Philippe Daubresse pour la conquête de la Communauté urbaine. Mais voilà, une petite phrase lâchée au soir du 1er tour par un ministre et l’électorat de droite pointe aux abonnés absents du second, conforté par un jeu du Modem pour le moins confus. Exit Christian Decock. Tout à coup l’horizon lillois s’éclaircit. Il vire même au rose laudateur dans les médias au lendemain des fêtes de fin d’année 2007 quand les frasques sarkoziennes font s’effondrer la cote de l’hôte de l’Elysée et fragilisent celle des candidats UMP et leurs alliés aux municipales. Les premiers sondages lillois apparaissent sans appel : Martine Aubry affiche l’un des meilleurs scores des maires sortants de gauche en France. Mieux : elle contient les Verts sous leur seuil de 2001, donc leurs velléités parfois encombrantes dans le même temps où Sébastien Huyghe arrivé en chevalier blanc de l’UMP ne parvient pas à tirer tout le bénéfice espéré d’un effondrement du Front national. Un boulevard s’ouvre devant Martine Aubry qu’elle utilise à plein avec près des deux tiers des suffrages exprimés au second tour. Auparavant, elle se paie même le luxe d’imposer aux Verts d’Eric Quiquet, un élargissement de l’équipe municipale lilloise au Modem de Jacques Richir à qui elle  sauve la mise au terme d’une campagne où l’Orange a contraint les Verts sans réussir à imposer sa présence.   
Martine Aubry sort de ces municipales 2008 confortée comme aucun maire de Lille ne l’a été avant elle depuis un demi-siècle. Et en ayant bien préparé le 3ème tour, celui de la présidence communautaire. A Tourcoing, ayant soutenu, sans réserves, Michel-François Delannoy, elle bénéficie du succès de ce dernier dès le 1er tour. A Roubaix et Villeneuve d’Ascq, l’accord électoral signé avec les Verts avant le 1er tour et avec le Modem entre les deux, lui apporte les appoints indispensables pour se présenter sereine à la présidence de la Communauté Urbaine. Reste à porter l’estocade à toute candidature capable de rendre le scrutin trop incertain. D’abord ramener au bercail les brebis de gauche égarées par des querelles locales de personnes – c’est le cas de Gérard Caudron à Villeneuve d’Ascq vainqueur de Jean-Michel Stiévenard -  ou celles souhaitant disposer de leur propre bergerie, en l’occurrence les non alignés autour de Rudy Ellegest, le maire de Mons en Baroeul. Il faut, dans le premier cas, faire amende honorable pour avoir soutenu l’adversaire et preuve de pragmatisme en cédant à l’exigence programmatique – le logement priorité de G. Caudron - et montrer une volonté de co-responsabilité avec les seconds.
Ces ralliements acquis et officialisés, la victoire est désormais assurée. Mais elle ne garantit pas des dissensions qui pourraient se faire jour entre des alliés remuants, pour certains, ou par trop politiques et difficilement gérables, pour d’autres. Et, il y a, surtout, cette donne propre à la métropole lilloise avec ces 40 petites communes regroupées au sein de « Passions Communes » sous la présidence d’Henri Ségard, élu Cominois, redevenu proche de Marc-Philippe Daubresse. Un groupe politique qui, laissé dans une opposition de facto, afficherait une présidence Aubry comme l’émanation des grandes villes ne se préoccupant guère de celles des petites ou moyennes. Un mauvais remake de la souris des champs et la souris des villes. Pour que la victoire soit totale et la présidence appréhendée en toute sérénité dans sa plénitude, il reste donc à rallier Passions Communes. Mais un ralliement qui ne soit ni le reniement d’un penchant plutôt a-politique de la plupart de ces « petits » maires et, encore moins, compromission de la part d’une présidente qui veut afficher un mandat clair, politique et sans équivoque : c’est à dire, pour elle, de gauche !
Cet engagement affirmé auquel s’est toujours refusé Pierre Mauroy, autant par nécessité que par inclination personnelle, Martine Aubry souhaite l’imposer sans froisser. Comment ?  En l’adossant à un projet de gouvernement qu’elle a longuement mûri. Devant l’équipe municipale de Villeneuve d’Ascq, devant celle de Rudy Ellegest mais, surtout, devant les maires de Passions Communes, elle va faire preuve de tout son talent de femme, d’organisatrice, d’animatrice et, pourquoi ne pas le dire, de chef d’équipe. A demi-mots pour certains, très clairement pour d’autres, bon nombre de ces maires de villes moyennes et de villages vont avouer avoir été impressionnés, compris et intéressés par le contrat de présidence qu’elle leur a proposé lors de la consultation organisée avec les candidats à la présidence. Dès lors, le modus vivendi devient clair : pas d’accord politique car ce n’est pas la tasse de thé des élus de Passions Communes mais un accord de partenariat permettant de ne pas être exclu des lieux de décision auxquels les a habitués Pierre Mauroy. Ce qui se traduit formellement par un engagement réciproque « à participer ensemble à l’exécutif de la communauté urbaine de Lille conduit par Martine Aubry, dont ils soutiendront la candidature, dès le premier tour de scrutin ; à prendre les décisions nécessaires à la mise en œuvre des grandes orientations et priorités du projet « Vivre ensemble notre Euro-métropole », dans le cadre d’un partenariat constructif préservant l’indépendance politique du groupe Métropole Passions Communes, enfin à faire vivre la gouvernance conformément aux lignes directrices exposées » Plutôt être avec que contre ou dedans que dehors pour Passions Communes. Et se garder une majorité de recours au cas où.. pour Martine Aubry, un peu comme le fait l’ex-UDF avec Daniel Percheron au Conseil Régional. Un accord gagnant-gagnant qui laisse à chacun sa liberté d’action et de parole et sa capacité de bonne gouvernance.
Avant d’avoir débuté, ce vendredi 18 avril 2008, le scrutin pour la présidence de la Communauté Urbaine de Lille était plié. Martine Aubry y a révélé des qualités de stratège que ne désavouerait pas Napoléon et encore moins Machiavel, prince de l’art politique s’il en fut. Elle prend en mains une assemblée d’élus, apaisée et d’accord sur les grandes priorités, avec la volonté de réinscrire l’institution communautaire de la métropole lilloise dans une logique d’efficacité -  ce qui ne sera peut-être pas le plus facile -  et de performance du territoire.
Que demander de plus ? On oserait presque un parallèle avec Nicolas Sarkozy au soir de son élection présidentielle. Une victoire totale ! Mais, comme au printemps dernier à Paris, les dossiers délicats sont désormais sur la table de la présidente de LMCU à commencer par le… grand stade.
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